Le journal de Claire (8)

Publié: 31 juillet 2010 dans Chez Claire, Hurlements, Jeux de rôle, Personnages


15 août

L’entrainement d’hier s’est bien passé. Nous avons passé un long moment au lac, Guillaume et moi, car il a commencé de m’apprendre à nager. Au bout d’une heure et demie, j’arrivais à flotter plus ou moins. Il faudra que je persévère, je veux savoir nager.

Maraud était parti se promener dans la forêt avec Sylvyane. Lorsqu’ils sont revenus, elle avait l’air très fatigué et lui était excité comme une puce : « Venez, venez voir, c’est magnifique ; allez, dépêchez-vous, suivez-moi ! »

Nous étions un peu sur notre réserve, car Maraud a tendance à se montrer parfois impulsif, mais nous l’avons suivi.

C’est vrai, la forêt était très belle, les essences d’arbres mêlaient leurs odeurs dans un parfum enivrant. Maraud suivait un petit cours d’eau, le Fao, nous a-t-il fit. Il nous apprit que nous étions dans la forêt de Brocéliande. Nous discutâmes des légendes que nous connaissions au sujet de cette forêt.

Le ruisseau disparaissait au cœur de la terre ; nous le retrouvâmes dans des rochers où l’eau rebondissait en cascades. C’est vrai, c’était magnifique. Maraud nous expliqua que nous nous trouvions à un endroit où des géants s’étaient battus à coups de rochers, et qu’ils étaient là, prisonniers sous nos pieds sous l’effet d’un enchantement.

Nous parvînmes à la Roche tremblante, une énorme masse rocheuse en équilibre, haute de sept ou huit mètres. Maraud et moi nous voulûmes monter. Guillaume ne manifestait pas un intérêt pressant, arguant qu’il était familier des points de vue haut perchés. Finalement il nous suivit. L’ascension fut courte mais assez difficile. En haut, la masse rocheuse ne bougeait pas du tout, malgré le nom de l’endroit. Le paysage était magnifique, nous étions bien, calmes.

Nous discutâmes un peu de Michel avec Maraud. Selon lui, il se transforme en salamandre. Il nous apprit qu’on dit des salamandres que si on les jette dans le feu, cela ne leur fait rien. De notre perchoir, Maraud nous désigna la Grotte du Diable, où se trouve paraît-il un trésor. Je m’étonnai que Maraud sache tant de choses sur l’endroit ; il a été trouvé dans la région par la caravane.

Lorsque nous redescendîmes, nous vîmes un homme qui nous observait à quelques mètres. Grand, fluet, aux longs cheveux sombres et bouclés, les traits fins, l’homme répondit au salut de Guillaume.  « Bien le bonjour, jeunes gens ! Avez-vous bien profité du spectacle ? » Maraud le dévisageait avec une insistance grossière et Guillaume lui donna un coup de coude pour qu’il cesse. L’homme se présenta sous le nom d’Yvon, ménestrel, qui cherchait l’inspiration dans la forêt. Il nous proposa de nous guider pour découvrir la forêt mais nous déclinâmes : nous ne savions pas qui il était et il se faisait tard. Si nous voulions revenir à la caravane avant la nuit, mieux valait ne pas trop tarder.

 Guillaume prétendit que nous habitions dans une cabane en lisière de la forêt, et nous repartîmes.

Lorsque nous interrogeâmes Maraud sur son comportement face à Yvon, il nous dit « Ben quoi ? Vous avez pas vu ?… Nooon, sans rire, vous n’avez rien remarqué ??? ». Il nous apprit qu’Yvon partageait notre nature. Ni Guillaume ni moi ne savions que l’on pouvait reconnaître cela chez les gens !

De retour à la caravane, nous allâmes voir le Veneur, qui paraissait sombre et préoccupé. Nous lui parlâmes des événements de la veille au lac, et d’Yvon. Le Veneur le connaissait et il eu l’air heureux de le savoir en bonne santé. Yvon fut autrefois membre de la caravane et il choisit de la quitter, avec sa femme, elle aussi comme nous, pour élever leur fille. Le Veneur semble garder un bon souvenir d’Yvon ; il s’avère que nous pouvons avoir confiance en lui. D’après le Veneur, c’est un musicien hors pair.

Comme nous insistions lourdement au sujet de l’épisode nocturne du lac, le Veneur finit par nous emmener un peu à l’écart, et soupira. Il nous expliqua, résigné au vu de notre ténacité, que certains dans la caravane, qui se nomment entre eux « chevaliers », maîtrisent un peu plus leur nature que les autres et savent se glisser dans la peau d’animaux, selon leurs affinités. Dans ce cas, ils laissent leur corps sans conscience, sans âme, le temps de leur escapade. Le cœur ne bat plus, le corps semble sans vie. Bien sûr, il faut être très attentif à son corps : s’il était détruit, l’âme serait emprisonnée dans l’animal d’accueil.

Guillaume n’était pas très content d’avoir dû insister pareillement pour obtenir des informations, et moi non plus. Pourquoi ces secrets inutiles, qui nous ont amenés à un tel remue-ménage ?

16 août

Aujourd’hui, nous avons travaillé avec les villageois aux corvées de bois. Guillaume avait l’air dans son élément, et il était d’une efficacité remarquable. J’ai l’impression qu’il aime travailler en groupe, et d’ailleurs l’ambiance était, c’est vrai, agréable et bon enfant.

Alors que nous ébranchions un chêne foudroyé, une femme montée sur une haquenée a surgi. C’est la plus belle femme que j’ai jamais vue. Nous nous sommes tous interrompus, les regards comme happés par sa silhouette fine, sa peau claire. Ses cheveux blonds lui descendaient jusqu’aux hanches et elle était vêtue de tissus princiers. Les villageois nous ont plus tard expliqué qu’il s’agissait de Dame Dahud, la fille du châtelaine. Derrière elle sont brusquement apparus six cavaliers noirs, patibulaires, armés d’épées, de boucliers, d’arcs et de flèches.

Alors que la jeune femme passait près de nous, une branche est tombée devant son cheval. Il s’est cabré et Dame Dahud a eu des difficultés à le calmer. Les soldats ont aussitôt encadré le villageois responsable de la chute de la branche, menaçants. Mais Dame Dahud les a arrêtés : « Non, laissez-le. D’ailleurs nous avons encore bien du chemin à parcourir. ». Ils sont partis au galop.

Un peu plus tard, Yvon est venu nous voir. « Alors, mes amis, je vois que vous travaillez dur ! Je vous ai apporté quelque réconfort ! » Il a ouvert sa sacoche : des châtaignes, du fromage, du pain… Nous nous sommes interrompus un moment dans notre tâche harassante et avons discuté un peu avec lui. Nous lui avons transmis le bonjour du Veneur. Il a évoqué notre « cabane en lisière de forêt », l’œil malicieux et sans rancœur. J’ai rarement rencontré quelqu’un d’aussi simplement sympathique.

Il nous a proposé de venir goûter des « crêpes » chez lui, mais nous n’avions pas terminé notre travail ; il nous a alors aidés, pendant le reste de l’après-midi. Il n’est pas très doué pour cela mais mettait du cœur à l’ouvrage.

Ensuite nous avons pu accompagner Yvon jusqu’à sa cabane, dans une clairière. Maraud et Sylvyane nous accompagnaient. Yvon était visiblement interloqué par Sylvyane.

La maison d’Yvon et d’Aude, sa femme, est de belle taille. Une petite fille jouait avec un chiot sur le seuil et a couru dans la maison lorsqu’elle nous a vus arriver. Aude est apparue, jeune femme frêle et brune : « Enfin te voilà ! Cela fait une heure que je t’attends ! Qui sont ces gens ? » « Des amis, tu sais, je t’ai parlé d’eux, je les ai rencontrés hier près de la Roche Tremblante. Je leur ai proposé de goûter tes fameuses crêpes. C’est possible ? » « Ah pourquoi pas, mais alors il va me falloir du bois ! » Yvon a eu un mouvement de lassitude (je crois qu’il avait vu assez de bois pour la journée), mais Les hommes sont retournés chercher le nécessaire pendant que je restais avec Sylvyane à la cabane. Il y avait là un jeune homme, Eudes, flanqué d’un instrument de musique étrange. Aude me l’a présenté comme l’élève d’Yvon.

Aude nous a préparé des galettes chaudes. Elles étaient fondantes, avec un léger goût de miel. C’était absolument délicieux et je n’avais jamais rien mangé de tel. Maraud et Eudes en ont mangé une quantité incroyable. Même Sylvyane a eu l’air de se régaler.

Yvon et Eudes nous ont joué des airs. Parfois ils chantaient, dans une langue qui m’était inconnue, mais agréable à entendre. Sylvyane battait la mesure et ne détachait pas ses yeux des doigts d’Yvon sur l’instrument. Elle en a oublié sa derrière crêpe (dont Maraud a profité, ce gourmand !). Nous avons même dansé. Nous nous amusions tant que nous n’avons pas vu le temps passer : il faisait nuit lorsque nous avons envisagé de prendre le chemin du retour, et Sylvyane s’était endormie. Yvon et Aude nous ont proposé l’hospitalité, et nous avons accepté de bonne grâce. La caravane ne partirait que dans trois ou quatre jours, nous avions du temps devant nous.

Au matin, Aude nous a à nouveau fait des galettes, mais au lard cette fois. C’était encore très bon. Yvon nous a expliqué qu’en plus d’être ménestrel, il enseigne la musique. Il reçoit des élèves qui viennent même de loin pour apprendre auprès de lui.

Nous avons finalement repris la route, avec un sac de crêpes… Nous sommes revenus à la caravane tôt dans la matinée. Nos camarades étaient partis au travail avec les villageois. Nous avons croisé le Veneur. Nous lui avons donné des nouvelles d’Yvon, et des crêpes car il lorgnait sur notre sac. Je l’avais rarement vu aussi détendu que mangeant ses crêpes.

Nous avons rejoint les autres et travaillé : Guillaume aux corvées de bois, Maraud et moi à la cueillette de baies. D’autres vidaient le lac pour prélever les poissons pour le seigneur.

Nous allons bientôt nous atteler à la préparation du repas et goûter un repos ne fois de plus bien mérité.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s