Journal de Claire (4)

Publié: 24 juillet 2010 dans Chez Claire, Hurlements, Jeux de rôle, Personnages

5 juillet

Alors que je discutais avec Yohan (qui se transforme en chien), Maraud est venu me chercher cet après-midi : il tenait absolument à ce que nous allions, Guillaume, moi et lui, assister au spectacle de nos camarades, puisque cette fois nous sommes bien accueillis. Je suppose que Maraud est toujours sur son idée de monter un numéro…

Plusieurs numéros m’ont particulièrement frappée. Tous sont remarquables, mais celui de Marie est vraiment différent. Elle déclame des poésies magnifiques et remporte un succès incroyable auprès des nobles et des gens cultivés. Grâce à elle, les recettes augmentent considérablement.

J’en sais un peu plus à son sujet : elle descend d’une famille noble du Sud de la France, de Provence plus précisément. J’ai cru comprendre, de ce qu’elle m’a dit à demi-mots, qu’elle a beaucoup perdu  suivre la caravane, même si sa nature ne lui laissait guère de choix. Elle se transforme rarement et je pense qu’elle a du mal à accepter d’être parfois faucon.

Dans la caravane, Isabelle, Marie et moi savons lire et écrire, mais c’est Marie qui fait preuve du plus grand talent, sans conteste. Il paraît même qu’elle travaillerait à l’écriture d’un livre !!! J’adorerais le voir, et plus encore le lire, mais Marie n’est pas de monde et elle me le fait parfois bien sentir ; je n’ose pas aller plus vers elle, qui déjà m’aide avec bienveillance dans l’écriture de mon journal.

Un autre numéro m’a marquée : celui de Jehan, Thibault et Jacques. Jacques est le dresseur, ce qui m’a surprise car il ne semble pas proche du tout des deux compères. Leur numéro commence par un combat entre le loup sauvage et l’ours terrifiant. Ils se jettent l’un sur l’autre, si authentiquement qu’on pourrait se demander s’ils feignent vraiment. Je comprends mieux leurs blessures régulières. Violaine dit que, lorsqu’ils se sont disputés, ils évitent de produire leur numéro. Cette partie de leur numéro plaît toujours aux seigneurs locaux.

Puis, brutalement, Thibault le loup fait n’importe quoi et le numéro bascule dans le comique et l’absurde. La suite plaît particulièrement au peuple. Il m’a semblé, dans ce passage, que Jacques était parfois débordé. Il essayait de faire bonne figure en tant que dresseur, mais avec deux énergumènes pareils, ce n’est pas chose facile. J’ignore quel animal peut être Jacques. Fait-il partie de ceux de nos camarades qui rejettent leur forme animale ?

En tout cas, Thibault et Jacques sont sans conteste aussi pénibles que doués.

13 juillet

Guillaume et moi arrivons à présent à nous transformer volontairement, si les conditions sont favorables. La douleur a un peu diminué, ce qui rend la récupération physique et les entrainements un peu moins difficiles. La douleur décroissant, nous ne sommes plus fous furieux au début de notre transformation. Nous anticipons et nous nous contrôlons mieux.

C’est grisant d’entrevoir ce à quoi nous pouvons parvenir si nous persévérons dans nos efforts. En revanche, je suis absolument incapable de résister à une transformation sous l’effet de la peur ou de la panique. En quelques secondes je deviens loup, dans ces conditions, malgré moi. Je déteste être ainsi dominée par ce côté de ma nature, cette difformité.

Voilà toute la contradiction qui m’anime : ma dualité me fascine et me révulse.

17 juillet

Ca y est, Maraud est passé à l’offensive et il va falloir se lancer et préparer un numéro, vu la tournure des événements.

Ce matin, nous étions tous les trois allongés tranquillement dans la prairie. Le soleil était accablant et nous nous ennuyions ferme. Maraud semblait contrarié depuis quelques jours, mais ce matin là il était encore plus renfrogné qu’à son habitude d’ours. Guillaume a demandé à Maraud ce qui n’allait pas, pourquoi il était si grognon. Et là, Maraud a fini par le dire : « J’en ai assez ; on pourrait faire autre chose que des tâches ménagères, non ? Nous valons mieux que cela ; pourquoi ne pas mettre sur pied un numéro ? Pourquoi, tous les trois, ne participerions-nous pas au spectacle ? »

Guillaume et moi nous sommes regardés. Guillaume a demandé quel genre de numéro avait imaginé Maraud ; moi, je paniquais un peu et j’ai expliqué que de toute façon avant de faire quoi que ce soit il fallait en parler au Veneur. J’avais espoir qu’il refuse, calme Maraud et que nous passions à autre chose.

Maraud a approuvé et a foncé le voir. A peine avait-il posé un pied dans sa roulotte que le Veneur l’a arrêté d’un geste : « Oh là, Maraud, du calme. Je t’ai compris, je sais ce que tu veux. Je suis d’accord, à condition que ce soit un  numéro bien préparé, et si vous le présentez d’abord à la communauté, d’ici quelques jours. Si vous avez besoin de matériel, adressez-vous à Isabelle, dans la mesure du raisonnable. ». Puis il est sorti de la roulotte, avant qu’aucun de nous trois n’ait pu prononcer un seul mot.

Je reste perplexe sur la clairvoyance dont cet homme est capable. Il faudra que j’y réfléchisse.

Maraud était ravi, enthousiasmé à l’idée de voir son projet prendre forme et se concrétiser. Guillaume et lui ont commencé à discuter de la nature du numéro ; nous avons réalisé comme il est difficile d’en élaborer un, étonnant, remarquable, mais dans les limites de l’acceptable pour le public. Jouer l’animal extraordinaire, mais pas trop.

J’ai posé mes limites, en essayant de ne pas être trop virulente pour que mes deux compères ne s’aperçoivent pas de ma tiédeur. Je crois que je n’ai simplement pas vocation à être troubadour. J’ai affirmé refuser de faire le numéro sous forme humaine, par peur de me transformer involontairement, arguant que le regard de la foule pourrait m’effrayer. Guillaume et Maraud ont accepté et ont continué de discuter de la nature du numéro : du jonglage ? Il y en a déjà dans le spectacle. Un combat ? Idem.

Au terme d’une discussion peu constructive, nous avons décidé de nous retrouver demain pour nous entrainer et préparer vraiment le numéro. Maraud dit qu’il a trouvé l’endroit idéal.

Nous verrons bien mais tout cela ne me plaît guère.

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