Archives de juillet, 2010


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20 août

Il m’est difficile de reprendre la plume aujourd’hui. Je veux pourtant écrire la funeste aventure qui nous a ôté Maraud. La caravane est triste, mais Guillaume et moi le sommes plus encore. Nous avons perdu un ami, de façon injuste et brutale, et lui a été courageux, a accompli sa tâche sans faillir.

Je ne peux pas aujourd’hui, le chagrin et la colère sont encore trop forts.

23 août

Je vais essayer de reprendre là où j’en était restée, le jour où nous sommes revenus de chez Aude et Yvon.

Le soir, Yvon arriva au campement, haletant, effrayé, les vêtements déchirés. « On m’accuse du meurtre de Eudes ! On me pourchasse, les villageois veulent me capturer, ils me tueront s’ils m’attrapent ! Ma famille est partie se cacher dans les grottes ; j’ai besoin de votre aide mes amis !». Le Veneur s’avança, solennel et le visage fermé : « je suis désolé, Yvon, mais tu connais la règle. Nous ne pouvons ni te venir en aide, ni t’accueillir ici. Je dois te demander de partir. » Une rumeur de désapprobation est montée du groupe de troubadours présents. « Nous, nous allons t’aider, Yvon, partons maintenant ! ». Guillaume, Maraud et moi avions fait notre choix. Le Veneur nous a mis en garde : « Attention, mes amis, si vous partez avec Yvon, vos ne pourrez revenir que lorsque tout danger sera écarté, sans quoi vous transgresserez les règles de la caravane ! ». Nous avons acquiescé et avons quitté tous les quatre le campement.

Yvon nous a expliqué qu’il enseignait la musique depuis huit ans, c’est-à-dire depuis qu’il a quitté la caravane. Depuis quelques mois, peut-être plus, il lui est arrivé que son élève ne revienne plus, du jour au lendemain. Il n’avait pas interprété cela comme des disparitions et plutôt mis ces événements sur le compte du manque de persévérance, mais en y réfléchissant, les disparitions s’accélèrent et au final une dizaine d’élèves s’étaient ainsi volatilisés. Les élèves n’étaient pas spécialement fortunés et payaient les services d’Yvon en denrées (du papier, de l’encre, de la nourriture), en rendant service ou, plus rarement, en argent.

On avait déjà rapporté des rumeurs à Yvon, mais il les ignorait : les rumeurs naissent de presque rien et sont presque toujours infondées. Mais cette fois, Eudes avait été retrouvé mort, son corps gisant sur une berge de la rivière, non loin du gouffre. Yvon, lorsqu’il en entendit parler utilisa son don pour s’y rendre discrètement. Là, il entendit les villageois qui projetaient de le punir pour ses crimes. Il eut juste le temps de rentrer, d’envoyer sa famille aux grottes et de venir nous demander de l’aide.

Maraud partit avec Yvon. Ils allaient nous attendre à l’abri. Guillaume et moi espérions comprendre au plus vite ce qui s’était passé.

J’ignorais que jamais nous je reverrais Maraud.

J’ai même pensé que peut-être nous ne devions pas le laisser se charger de la protection d’Yvon ; quelle pensée atroce… Il l’a protégé, lui et sa famille, mieux qu’aucun de nous ne l’aurait fait.

Guillaume et moi commençâmes par nous rendre chez Yvon, sous le prétexte de lui apporter des baies pour le remercier de son hospitalité de la veille. La maison était vide et avait été mise sens dessus dessous, mais tous avaient quitté les lieux.

Nous allâmes alors vers le village, en passant par le gouffre puisque c’est là que le corps d’Eudes avait été trouvé. En chemin nous croisâmes des villageois avec qui nous parlâmes un moment. Ils nous apprirent que Eudes avait été poignardé près du fao. Nous étions officiellement au courant et cela simplifiait les choses. Nous nous rendîmes là-bas.

En inspectant les lieux j’eus l’impression que le corps du jeune homme avait dû dériver : il avait été trouvé à l’endroit d’un petit ensablement. Nous remontâmes le cours de l’eau jusqu’aux murailles rocheuses juste avant les gouffre. En scrutant attentivement le vide, Guillaume vit un morceau d’étoffe qui rappelait le vêtement de Eudes.

Nous attendîmes la nuit pour nous transformer et inspecter plus avant. Guillaume, malgré la difficulté de la chose, vola jusqu’au fond du gouffre. Il y trouva une dizaine de cadavres et d’ossements, parmi les roches acérées. Les dépouilles, meurtries, étaient parfois complètement décomposées. Des débris d’instruments de musique jonchaient le sol. Guillaume parvint à ramasser un torque et le morceau d’étoffe. De mon côté je n’avais rien senti qui pourrait nous aider à en comprendre davantage.

Il nous fallait parler à Yvon. Nous partîmes vers les grottes, à une heure de marche environ. Arrivés là-bas, nous constatâmes qu’on en comptait plus de douze. Guillaume, en hibou, vola de grotte en grotte. Il perçut du mouvement dans une des excavations. En s’y introduisant, il vit un vieillard très sale, hirsute et apeuré qui lui cria « n’approchez pas ! » en remuant ses bras en tous sens. La grotte était un véritable capharnaüm.

Il ressortit et continua de voler devant les autres cavités. Devant une autre ouverture avait été élevé un petit monticule de cailloux. A première vue il paraissait naturel, mais à mieux y regarder, Guillaume reconnu une forme d’ours. Guillaume entra et vit Maraud et Yvon qui dormaient. Il leur expliqua ce que nous avions appris. Yvon connaissait vaguement le vieil homme de la grotte, qu’il nommait « le vieil homme de la forêt ».

Yvon répondit aux questions de Guillaume. Il n’y avait aucune raison de chercher à nuire à Yvon, qui menait une existence tranquille. Il apprit à Guillaume qu’il se transformait en chien et Aude en biche. Guillaume lui conseilla de se transformer pour rejoindre sa famille sans danger. Maraud resterait pour les protéger. Puis Guillaume me rejoignit. Nous gâgnames la forêt pour dormir, en conservant notre forme animale.

Nous dormions dans la forêt lorsque la chute de petits cailloux nous réveilla : le vieil homme descendait de sa grotte. Nos compères devaient déjà être partis, nous ne les avions pas entendus. Le vieil homme frappait par son apparence : les cheveux et la barbe hirsutes, il était d’une maigreur extraordinaire, tel un squelette. Sa peau, plus que ridée, était parcheminée. Il était vêtu de peaux et de guenilles et un bâton était attaché dans son dos par une corde. Lorsqu’il passa près de nous, il s’arrêta et regarda Guillaume, puis moi, de façon soutenue :  « Tiens, tiens… Voilà un bien étrange animal, et en bien étrange compagnie… ». Je me souviens ne pas avoir ressenti de peur mais d’avoir été agacée que tant de gens détectent sans mal notre nature, alors que je n’y parvenais pas avec mes propres semblables.

Nous reprîmes notre apparence humaine et nous vêtîmes. Guillaume suivit le vieil homme alors que j’allai inspecter sa grotte.

L’intérieur de la grotte était terriblement crasseux. Je vis une couche, des restes de repas. Au fond, un pilier naturel attira mon attention : il était gravé sur toute sa surface de curieuses petites encoches : des bâtons, horizontaux ou obliques, toujours regroupés par 2, 4, 5 ou 6. Certaines encoches étaient manifestement plus récentes que d’autres.

Sous des peaux, je trouvai un rocher gravé. Il y était représenté un personnage assis en tailleur, des bois de cerf sur la tête, entouré de motifs spiralés. J’appris plus tard que tout cela témoignait d’une religion païenne.

Pendant ce temps, Guillaume avait retrouvé le vieil homme, qui ramassait des choses dans la forêt, relevait des collets. « Ah, hé bien te voilà ; ainsi cela va tout de même être plus pratique ! Qu’est-ce qu’un vieil homme peut pour toi ? » Guillaume resta à distance mais expliqua à l’ancêtre ce qui se passait. « Ah, ce qui s’est passé ? C’est elle ! » ; « Elle qui ? » interrogea Guillaume . « Elle, mais chut, il ne faut pas lui dire. Elle est belle, attirante ». « Avec un cheval ? » s’enquit Guillaume. « Oui, et toujours avec ses six bêtes noires ! Il ne faut pas qu’elle me trouve, sinon elle va me jeter dedans. Ils viennent de la cabane, par là, dans la forêt. Mais c’est à plusieurs heures de marche. On ne sait pas ce qui s’y passe, mais on aimerait bien ; ils tuent tout ce qui s’approche. Ils ne sont pas comme toi mais ce sont des brutes. Pourquoi ? Pour conjurer l’ennui. La malédiction ! C’est elle, déjà, qui a ouvert les vannes pour que la ville soit engloutie, la magnifique ville d’Ys. Tu n’as aucun moyen de prouver sa culpabilité, abandonne. ». D’après le vieil homme, qui priait Toutatis de veiller sur lui, Dame Dahud avait toujours été là. Lorsque Guillaume lui demanda si cela n’étonnait personne qu’elle ne vieillisse pas, il éclata de rire. De toute évidence l’homme n’avait plus toute sa raison.

Nous marchâmes longtemps pour retrouver Yvon. Nous voulions lui rapporter ce que le vieil homme nous avait appris, qu’il nous aide à faire le tri entre informations crédibles et divagations. Nous le retrouvâmes auprès de sa famille, dans une grotte plus éloignée du village, mais en chien. Maraud était sensé surveiller la grotte mais nous ne le vîmes pas.

Guillaume expliqua à Yvon ce que le vieil homme nous avait dit. Nous parlâmes de Dame Dahud, qu’il avait vu grandir normalement. Il nous parla de la légende de la ville d’Ys, dans laquelle on rencontre aussi une Dame Dahut, une débauchée qui ouvrit les vannes de la ville d’Ys pour honorer un pacte avec les enfers, qui en échange lui accordèrent l’immortalité. Dans la version chrétienne, l’évêque qui vint sauver le père de la jeune femme repoussa sa fille à coup de crosse.

Ensuite nous nous mîmes à chercher Maraud. Où pouvait-il donc bien être ? Je me transformai et cherchai notre ami. Je flairai son odeur : Maraud s’était enfoncé dans la forêt jusqu’au pied d’un arbre dans lequel il avait dû monter. Là, je détectais aussi des odeurs de chevaux qui partaient, probablement en direction de la cabane dont nous avait parlé le vieil homme.

Nous remontâmes la piste, Guillaume resté humain et moi demeurée louve. Nous repérâmes des traces de sabots encore fraiches. La forêt se clairsemait jusqu’à une clairière assez grande. Dans un coin de la clairière il y avait une pierre, couverte de mousse et d’inscriptions comme sur le pilier de la grotte du vieil homme de la forêt. La pierre ressemblait à un arbre pétrifié. Nous entendîmes des hennissements qui provenaient d’au-delà de la pierre.

Nous contournâmes la clairière. Derrière les arbres se dressait une cabane, plus petite que celle d’Yvon. Trois chevaux noirs et un cheval blanc étaient attachés devant la cabane.

Je m’approchai discrètement, sous l’œil de Guillaume. J’entendis un bruit puis un sifflement. Presque au même moment, je sentis une douleur très vive dans l’épaule : une flèche m’avait atteinte. Je courus me cacher.

Guillaume se transforma et, fou de rage, plongea vers l’emplacement du tireur qui m’avait atteinte. Il le rata mais l’homme avait cassé son arc en deux. Je me cognai à un arbre pour casser la flèche. Je voulais y retourner, je voyais rouge. Guillaume s’envola mais ne vit pas d’autres soldats. Il alla se percher près de la cheminée alors que je m’approchai d’une ouverture.

A l’intérieur, j’entendis du mouvement, puis un coup sourd. Guillaume entendit un craquement puis le bruit de quelqu’un qui s’effondre et la voix d’une femme qui criait sa colère. Nous ne le savions pas encore, mais Maraud venait de mourir, alors que nous étions si proches de lui.

24 août

J’ai décidément beaucoup de mal à coucher par écrit mon récit.

A l’intérieur de la cabane, Guillaume vit trois hommes, des soldats, et une femme hors d’elle, en qui il reconnut Dame Dahud. Ce n’est qu’ensuite qu’il reconnut le corps allongé au sol : c’était Maraud.

Guillaume vit immédiatement qu’il était grièvement blessé. Il reprit de la hauteur pour aller chercher des villageois. Par chance il en trouva sept dans la forêt, non loin, armés de haches, de bâtons et de couteaux. Il reprit son apparence humaine et courut vers eux. Il leur expliqua qu’un de ses amis était blessé, en danger dans la cabane. Tous se mirent en route vers la sinistre tanière de Dame Dahud.

De mon côté, je m’élançai et sautai par l’ouverture. J’atterris près de Maraud. Je me trouvais entre les soldats et la diabolique châtelaine. Je sautai sur elle mais ne fis que la déséquilibrer. Je me trouvai bloquée dans un coin de la cabane et je parvins à forcer le passage entre leurs jambes. J’attaquai à nouveau Dame Dahud. Cette fois elle tomba à la renverse. J’hésitai à la mordre, à la tuer, mais je me contentai de grogner en regardant les trois soldats. Ils n’osèrent pas avancer, craignant pour leur maîtresse.

La porte s’ouvrit alors à la volée, Guillaume en tête, suivi des villageois. Je m’enfuis par la fenêtre. S’ensuivit une explication houleuse : un coin de la cabane était maculé de sang, Maraud gisait mort par terre, tué par au moins un coup d’épée, la châtelaine était inconsciente. Guillaume eut beaucoup de mal à maîtriser sa transformation lorsqu’il vit Maraud mort ainsi, mais il y parvint. Il tenta alors de convaincre les villageois que Dame Dahud avait tué Maraud, qu’elle était une meurtrière, qu’elle s’en prenait au peuple sans défense. Il leur parla d’une noble qu’il aurait connue, dont le passe-temps était de se baigner dans le sang de vierges. Son récit frappa l’esprit des villageois. Il parla de sorcellerie. Il s’adressa à eux de telle façon qu’ils eurent l’impression de comprendre par eux-mêmes. Grâce à Guillaume, ils firent le lien avec les disparitions des jeunes élèves d’Yvon, avec le meurtre de Eudes. Yvon était innocenté.

Au final, les villageois décidèrent de se débarrasser de Dame Dahud et des quatre soldats. Ils voulaient le faire discrètement : convaincre les autres villageois serait simple, mais expliquer au châtelain serait plus délicat. Guillaume suggéra le gouffre : ce serait facile et discret, comme ils le souhaitaient. Ils se mirent donc en route avec les prisonniers ligotés portés par les chevaux. Les villageois précipitèrent les soldat et Dame Dahud dans le gouffre, pendant qu’un villageois surveillait qu’aucun corps ne ressortait au-dessous du gouffre.

Ensuite ils enterrèrent Maraud.

Pendant ce temps, je retournai vers le vieil homme, dont j’espérais pouvoir obtenir de l’aide. Je hurlai pour le réveiller. Il descendit et me proposa de me soigner, mais si je redevenais humaine, sans quoi je devrais rester louve jusqu’à ma guérison complète. Il appliqua sur ma blessure des onguents apaisants et me banda. J’avais toujours mal, mais moins vivement. Il me prêta de quoi m’habiller. Ce devait être ce qu’il avait de mieux, et ma reconnaissance me fit oublier l’odeur fétide de ces frusques.

Je demeurai là-bas, dans la grotte, pour la nuit. Il m’expliqua que c’était toute l’histoire du monde qui était gravée sur le pilier. Il m’apprit des plantes qui soignent.

Guillaume récupéra mes vêtements, alla voir Yvon pour l’avertir qu’il était innocenté. Puis Guillaume me retrouva avec le vieil homme.

Nous rentrâmes à la caravane et racontâmes notre sinistre aventure. Toute la caravane fut très affectée par la mort de Maraud. Nous étions épuisés et allâmes nous reposer. Lorsque nous nous réveillâmes, la caravane était déjà loin : elle avait repris la route aussitôt.

La mort de Maraud est injuste et je ne peux faire autrement que de m’en vouloir. Nous aurions certainement pu le sauver.

25 août

Ces derniers jours j’ai beaucoup discuté avec mes camarades. Je sais maintenant que Maraud a agi en toute conscience : il a maîtrisé sa transformation jusqu’au bout, il a gardé le silence et s’est acquitté de sa mission de protection d’Yvon et de sa famille à la perfection. Il aurait pu vaciller, céder à la peur, à la douleur, mais il ne l’a pas fait. Je pense qu’il savait qu’il allait mourir.

Je ressens toujours autant de douleur d’avoir perdu un ami, notre seul ami d’ailleurs. Mais je ressens aussi de l’admiration, du respect. Il a sauvé Yvon et sa famille. Le prix était bien trop élevé, mais il l’a accepté.

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15 août

L’entrainement d’hier s’est bien passé. Nous avons passé un long moment au lac, Guillaume et moi, car il a commencé de m’apprendre à nager. Au bout d’une heure et demie, j’arrivais à flotter plus ou moins. Il faudra que je persévère, je veux savoir nager.

Maraud était parti se promener dans la forêt avec Sylvyane. Lorsqu’ils sont revenus, elle avait l’air très fatigué et lui était excité comme une puce : « Venez, venez voir, c’est magnifique ; allez, dépêchez-vous, suivez-moi ! »

Nous étions un peu sur notre réserve, car Maraud a tendance à se montrer parfois impulsif, mais nous l’avons suivi.

C’est vrai, la forêt était très belle, les essences d’arbres mêlaient leurs odeurs dans un parfum enivrant. Maraud suivait un petit cours d’eau, le Fao, nous a-t-il fit. Il nous apprit que nous étions dans la forêt de Brocéliande. Nous discutâmes des légendes que nous connaissions au sujet de cette forêt.

Le ruisseau disparaissait au cœur de la terre ; nous le retrouvâmes dans des rochers où l’eau rebondissait en cascades. C’est vrai, c’était magnifique. Maraud nous expliqua que nous nous trouvions à un endroit où des géants s’étaient battus à coups de rochers, et qu’ils étaient là, prisonniers sous nos pieds sous l’effet d’un enchantement.

Nous parvînmes à la Roche tremblante, une énorme masse rocheuse en équilibre, haute de sept ou huit mètres. Maraud et moi nous voulûmes monter. Guillaume ne manifestait pas un intérêt pressant, arguant qu’il était familier des points de vue haut perchés. Finalement il nous suivit. L’ascension fut courte mais assez difficile. En haut, la masse rocheuse ne bougeait pas du tout, malgré le nom de l’endroit. Le paysage était magnifique, nous étions bien, calmes.

Nous discutâmes un peu de Michel avec Maraud. Selon lui, il se transforme en salamandre. Il nous apprit qu’on dit des salamandres que si on les jette dans le feu, cela ne leur fait rien. De notre perchoir, Maraud nous désigna la Grotte du Diable, où se trouve paraît-il un trésor. Je m’étonnai que Maraud sache tant de choses sur l’endroit ; il a été trouvé dans la région par la caravane.

Lorsque nous redescendîmes, nous vîmes un homme qui nous observait à quelques mètres. Grand, fluet, aux longs cheveux sombres et bouclés, les traits fins, l’homme répondit au salut de Guillaume.  « Bien le bonjour, jeunes gens ! Avez-vous bien profité du spectacle ? » Maraud le dévisageait avec une insistance grossière et Guillaume lui donna un coup de coude pour qu’il cesse. L’homme se présenta sous le nom d’Yvon, ménestrel, qui cherchait l’inspiration dans la forêt. Il nous proposa de nous guider pour découvrir la forêt mais nous déclinâmes : nous ne savions pas qui il était et il se faisait tard. Si nous voulions revenir à la caravane avant la nuit, mieux valait ne pas trop tarder.

 Guillaume prétendit que nous habitions dans une cabane en lisière de la forêt, et nous repartîmes.

Lorsque nous interrogeâmes Maraud sur son comportement face à Yvon, il nous dit « Ben quoi ? Vous avez pas vu ?… Nooon, sans rire, vous n’avez rien remarqué ??? ». Il nous apprit qu’Yvon partageait notre nature. Ni Guillaume ni moi ne savions que l’on pouvait reconnaître cela chez les gens !

De retour à la caravane, nous allâmes voir le Veneur, qui paraissait sombre et préoccupé. Nous lui parlâmes des événements de la veille au lac, et d’Yvon. Le Veneur le connaissait et il eu l’air heureux de le savoir en bonne santé. Yvon fut autrefois membre de la caravane et il choisit de la quitter, avec sa femme, elle aussi comme nous, pour élever leur fille. Le Veneur semble garder un bon souvenir d’Yvon ; il s’avère que nous pouvons avoir confiance en lui. D’après le Veneur, c’est un musicien hors pair.

Comme nous insistions lourdement au sujet de l’épisode nocturne du lac, le Veneur finit par nous emmener un peu à l’écart, et soupira. Il nous expliqua, résigné au vu de notre ténacité, que certains dans la caravane, qui se nomment entre eux « chevaliers », maîtrisent un peu plus leur nature que les autres et savent se glisser dans la peau d’animaux, selon leurs affinités. Dans ce cas, ils laissent leur corps sans conscience, sans âme, le temps de leur escapade. Le cœur ne bat plus, le corps semble sans vie. Bien sûr, il faut être très attentif à son corps : s’il était détruit, l’âme serait emprisonnée dans l’animal d’accueil.

Guillaume n’était pas très content d’avoir dû insister pareillement pour obtenir des informations, et moi non plus. Pourquoi ces secrets inutiles, qui nous ont amenés à un tel remue-ménage ?

16 août

Aujourd’hui, nous avons travaillé avec les villageois aux corvées de bois. Guillaume avait l’air dans son élément, et il était d’une efficacité remarquable. J’ai l’impression qu’il aime travailler en groupe, et d’ailleurs l’ambiance était, c’est vrai, agréable et bon enfant.

Alors que nous ébranchions un chêne foudroyé, une femme montée sur une haquenée a surgi. C’est la plus belle femme que j’ai jamais vue. Nous nous sommes tous interrompus, les regards comme happés par sa silhouette fine, sa peau claire. Ses cheveux blonds lui descendaient jusqu’aux hanches et elle était vêtue de tissus princiers. Les villageois nous ont plus tard expliqué qu’il s’agissait de Dame Dahud, la fille du châtelaine. Derrière elle sont brusquement apparus six cavaliers noirs, patibulaires, armés d’épées, de boucliers, d’arcs et de flèches.

Alors que la jeune femme passait près de nous, une branche est tombée devant son cheval. Il s’est cabré et Dame Dahud a eu des difficultés à le calmer. Les soldats ont aussitôt encadré le villageois responsable de la chute de la branche, menaçants. Mais Dame Dahud les a arrêtés : « Non, laissez-le. D’ailleurs nous avons encore bien du chemin à parcourir. ». Ils sont partis au galop.

Un peu plus tard, Yvon est venu nous voir. « Alors, mes amis, je vois que vous travaillez dur ! Je vous ai apporté quelque réconfort ! » Il a ouvert sa sacoche : des châtaignes, du fromage, du pain… Nous nous sommes interrompus un moment dans notre tâche harassante et avons discuté un peu avec lui. Nous lui avons transmis le bonjour du Veneur. Il a évoqué notre « cabane en lisière de forêt », l’œil malicieux et sans rancœur. J’ai rarement rencontré quelqu’un d’aussi simplement sympathique.

Il nous a proposé de venir goûter des « crêpes » chez lui, mais nous n’avions pas terminé notre travail ; il nous a alors aidés, pendant le reste de l’après-midi. Il n’est pas très doué pour cela mais mettait du cœur à l’ouvrage.

Ensuite nous avons pu accompagner Yvon jusqu’à sa cabane, dans une clairière. Maraud et Sylvyane nous accompagnaient. Yvon était visiblement interloqué par Sylvyane.

La maison d’Yvon et d’Aude, sa femme, est de belle taille. Une petite fille jouait avec un chiot sur le seuil et a couru dans la maison lorsqu’elle nous a vus arriver. Aude est apparue, jeune femme frêle et brune : « Enfin te voilà ! Cela fait une heure que je t’attends ! Qui sont ces gens ? » « Des amis, tu sais, je t’ai parlé d’eux, je les ai rencontrés hier près de la Roche Tremblante. Je leur ai proposé de goûter tes fameuses crêpes. C’est possible ? » « Ah pourquoi pas, mais alors il va me falloir du bois ! » Yvon a eu un mouvement de lassitude (je crois qu’il avait vu assez de bois pour la journée), mais Les hommes sont retournés chercher le nécessaire pendant que je restais avec Sylvyane à la cabane. Il y avait là un jeune homme, Eudes, flanqué d’un instrument de musique étrange. Aude me l’a présenté comme l’élève d’Yvon.

Aude nous a préparé des galettes chaudes. Elles étaient fondantes, avec un léger goût de miel. C’était absolument délicieux et je n’avais jamais rien mangé de tel. Maraud et Eudes en ont mangé une quantité incroyable. Même Sylvyane a eu l’air de se régaler.

Yvon et Eudes nous ont joué des airs. Parfois ils chantaient, dans une langue qui m’était inconnue, mais agréable à entendre. Sylvyane battait la mesure et ne détachait pas ses yeux des doigts d’Yvon sur l’instrument. Elle en a oublié sa derrière crêpe (dont Maraud a profité, ce gourmand !). Nous avons même dansé. Nous nous amusions tant que nous n’avons pas vu le temps passer : il faisait nuit lorsque nous avons envisagé de prendre le chemin du retour, et Sylvyane s’était endormie. Yvon et Aude nous ont proposé l’hospitalité, et nous avons accepté de bonne grâce. La caravane ne partirait que dans trois ou quatre jours, nous avions du temps devant nous.

Au matin, Aude nous a à nouveau fait des galettes, mais au lard cette fois. C’était encore très bon. Yvon nous a expliqué qu’en plus d’être ménestrel, il enseigne la musique. Il reçoit des élèves qui viennent même de loin pour apprendre auprès de lui.

Nous avons finalement repris la route, avec un sac de crêpes… Nous sommes revenus à la caravane tôt dans la matinée. Nos camarades étaient partis au travail avec les villageois. Nous avons croisé le Veneur. Nous lui avons donné des nouvelles d’Yvon, et des crêpes car il lorgnait sur notre sac. Je l’avais rarement vu aussi détendu que mangeant ses crêpes.

Nous avons rejoint les autres et travaillé : Guillaume aux corvées de bois, Maraud et moi à la cueillette de baies. D’autres vidaient le lac pour prélever les poissons pour le seigneur.

Nous allons bientôt nous atteler à la préparation du repas et goûter un repos ne fois de plus bien mérité.


12 août

Nous sommes entrés dans la forêt de Huelgoat. Quel endroit magnifique ! On pourrait croire cette forêt enchantée, la magie plane et tant de beauté nous éloigne des horreurs que nous avons traversées. La forêt est verdoyante, l’air empli de senteurs délicieuses et partout autour de nous la vie déborde de ces paysages merveilleux.

Sylvyane semble plus détendue elle aussi. Elle observe, du haut de son chariot. Mais que pense-t-elle ?

13 août

Nous sommes arrivés au village de Huelgoat. Il est situé en bordure de forêt, au bord d’un lac, et construit autour d’une église trapue. Lorsque nous sommes arrivés le village était presque désert car ses habitants étaient partis travailler dans la forêt ou dans les champs, mais nous avons établi le campement : la caravane est déjà passée ici et mes camarades savent que nous serons bien accueillis. D’ailleurs les enfants du village nous ont tourné autour, gais et curieux. Sylvyane s’était cachée sous une toile mais je pouvais la deviner observer, comme à son habitude.

Le Veneur nous a pressés pour nous installer et nous a aidés. Nos avons travaillé efficacement pour enfin pouvoir nous laisser tomber dans l’herbe, satisfaits et bien fatigués.

A la fin de la journée les adultes du village sont revenus. Ils étaient joyeux, je crois que voir la caravane leur a mis du baume au cœur après une journée de travail harassante. Nous allons faire ne représentation pour eux ce soir.

Maraud, Guillaume et moi aimerions présenter notre numéro. Pour la première fois, devant un public. Maraud est enthousiaste à cette idée, bien sûr ; Guillaume me paraît déjà concentré, et quant à moi, je retiens mon souffle, mais j’ai envie de montrer de quoi nous sommes capables.

Je reprends la plume bien qu’il soit fort tard : nous avons présenté notre numéro !

Le spectacle d’aujourd’hui était plus orienté vers le comique et l’étonnant : les villageois avaient besoin et envie de se distraire. Pas de poèmes de Marie donc, mais pas non plus le trio Jacques-Thibault-Jehan.

Lorsque cela a été notre tour, les garçons sont entrés et ont commencé des figures d’équilibre. Nous avions misé sur la force et cette première partie a bien plu au public, même si Guillaume et Maraud, peut-être sous l’effet de l’appréhension, n’étaient pas à leur maximum. Mais seuls les membres de la caravane ont pu le voir. Tout au plus le public aura-t-il pensé qu’ils ajoutaient un peu de suspense à leurs figures.

Jusque-là j’étais attachée, et lorsque l’on m’a libérée pour que j’intervienne dans la deuxième partie du numéro, j’ai senti le public se crisper. J’ai dû me concentrer pour ne pas me laisser perturber, et Guillaume et Maraud m’ont aidée à me sentir à l’aise, cette fois très sûrs de leurs gestes. La pyramide, pour le final, a été impeccablement réussie. Le public avait l’air vraiment bluffé et nos compagnons aussi ; quel succès ! J’entends encore les applaudissements !

Nous avons un peu traîné après le spectacle : nous avions besoin de discuter tous les trois, juste d’être ensemble et de faire retomber la pression. Beaucoup de camarades sont venus nous féliciter. Nous avons fêté notre succès, et Maraud, comme à chaque fois qu’il boit un peu trop, s’est endormi d’un coup dans l’herbe. Nous l’avons laissé ainsi (il s’endort n’importe où : je l’ai déjà vu dormir sous la pluie… ) et nous avons rejoint notre tente.

Je vais dormir à présent.

Maraud avait raison de vouloir monter un numéro, j’ai eu tort de douter.

14 août

La nuit dernière, Guillaume a été témoin d’étranges événements.

Alors que nous dormions tranquillement, Guillaume a été réveillé par de très légers bruits de pas et il a vu une ombre se faufiler près de la tente. Il l’a suivie, jusqu’au lac. Alors qu’il en était proche, il a entendu un « plouf », comme si quelqu’un venait de s’immerger. En s’approchant, il a découvert le corps de l’un des nôtres. Il ne le connaissait pas suffisamment pour savoir son nom, mais il l’a reconnu avec certitude. L’homme, à demi immergé, était inconscient. Guillaume n’a perçu ni respiration ni battements de cœur. L’homme était nu et il n’y avait pas de vêtements à sur la rive. Sa peau était encore chaude.

Guillaume a sorti le corps de notre camarade de l’eau et a essayé de le ranimer, sans succès.

Guillaume m’avait réveillée avant de partir et comme je trouvais le temps long j’étais sortie devant la tente. J’ai vu passer Guillaume nu (il était parti en hibou, mais pour sortir l’homme de l’eau il lui avait fallu redevenir humain) en courant. Il est allé frapper chez Isabelle (cela devient une habitude…).

Guillaume a expliqué à Isabelle ce qu’il avait vu. Elle est restée très calme, lui a dit de ne pas s’inquiéter et d’aller se recoucher. Elle est partie vers le lac avec un autre de nos camarades.

J’étais surprise du comportement d’Isabelle : elle ne semblait pas étonnée et j’avais l’impression qu’elle voulait éloigner Guillaume. Je les ai donc suivis, sans chercher à me cacher. Isabelle, me voyant, m’a demandé de retourner à la caravane, mais j’ai refusé. Cela a visiblement déplu à Isabelle, mais je m’en moque.

Arrivés au lac, rien, personne. Isabelle m’a montré qu’il n’y avait rien et m’a dit « Tu vois, il n’y a personne, donc notre compagnon n’est pas mort. Pouvons-nous aller nous recoucher puisque tout va bien ? ». Elle ne s’inquiétait absolument pas et cela m’a vraiment paru étonnant.

Je suis rentrée à la tente et j’ai tout raconté à Guillaume.

Je suis d’un naturel assez obstiné. Je voulais comprendre. Si il y avait une explication à tout ceci, pourquoi Isabelle ne nous la donnait-elle pas ? Notre inquiétude était légitime et nous ne cherchions qu’à protéger la caravane ! Ou bien elle était négligente, irresponsable, ce dont je doute.

Je me suis donc transformée en louve et je suis retournée au bord du lac. Je n’ai rien trouvé de spécial. Pas de vêtements, juste l’odeur de l’homme de la caravane au bord du lac, et puis une odeur de rapace, peut-être. J’ai remonté la piste jusqu’à sa tente. Alors que j’essayais de glisser mon museau sous la toile de la tente pour vérifier si l’homme était là, je l’ai faite s’effondrer sur ses occupants. Une partie du campement s’est réveillée au son de leurs cris de mécontentement et j’ai filé me réfugier dans la nôtre, tout de même construite plus solidement… Guillaume m’a bien couverte en sortant se plaindre du bruit qui nous avait réveillés.

Ce matin, nous avons été réveillés de bonne heure par l’activité du campement. Alors que nous vaquions à nos tâches, Guillaume a vu passer le noyé de la veille ! Il lui a parlé, pour lui demander si cela allait mieux. Michel, puisque c’est ainsi qu’il se nomme, lui a répondu qu’il allait très bien et ne savait pas de quoi Guillaume lui parlait.

Guillaume en avait assez ; il est allé voir Isabelle, qui de nouveau l’a traité avec un mépris tranquille. Guillaume lui a dit qu’il retournait à ses occupations, puisqu’il était le seul ici à s’inquiéter pour la sécurité de la caravane et que personne ne voulait rien lui dire…

Nous devons aller nous entrainer tout à l’heure. Certains groupes sont déjà partis, mais Michel est toujours au campement. Je me demande s’il participe aux entrainements. J’ai parlé aussi avec Isabelle, mais non, il n’y a toujours aucun problème.

Je dois y aller, mon groupe part s’entrainer.


27 juillet

Je n’ai pas écrit depuis une semaine; d’abord nous avons eu besoin de repos : notre aventure nous avait fatigués plus que nous le pensions. Ensuite, nous nous sommes beaucoup occupés de Sylvyane. Elle nous demande beaucoup d’attention, encore aujourd’hui. Elle me fait penser à un petit animal sauvage. Elle n’est pas encore en confiance au sein de la caravane et nous ne sommes jamais sûrs de ses réactions. Cela complique les choses, puisque nous devons veiller à la sécurité de la caravane et au bien-être de Sylvyane.

Elle ne parle toujours pas, n’émet aucun son. Parfois elle acquiesce ou fait non de la tête, le regard aussi fixe et étrange que la veille. Nos camarades nous ont un peu interrogés sur elle, sans agressivité mais manifestement gênés lorsque leurs yeux se croisent.

Sylvyane s’est beaucoup attachée à Guillaume en qui elle a placé une grande confiance. Lorsqu’elle a un problème ou qu’elle ne se sent pas bien, elle se tourne vers lui. Lorsqu’elle est louve, elle participe aux entrainements avec moi. Le Veneur a estimé qu’elle pouvait s’entrainer malgré son jeune âge (une dizaine d’années ?) et que c’était même franchement nécessaire, pour l’aider à se maitriser davantage.

Lors de ces séances je dois être particulièrement vigilante : Sylvyane n’écoute pas vraiment Ygrène. Je dois toujours reformuler, insister et m’assurer qu’elle a correctement compris. Nous devons faire preuve de beaucoup de patience, mais nous nous sommes nous-mêmes beaucoup attachés à cette étrange enfant.

La nuit, elle dort dans notre tente, ce qui, je dois l’avouer, me pèse… Mais il n’est pas question pour l’instant de procéder autrement : elle a besoin de trouver des repères et aussi d’être sous surveillance le plus souvent. Elle dort en boule, entre nous deux. Elle est touchante, en même temps si vulnérable et si forte.

Dans la journée, Sylvyane ne s’éloigne jamais de la caravane seule. Le Veneur veille particulièrement sur elle et elle accepte également la compagnie de Maraud, avec lequel elle se promène parfois.

J’entends que l’on m’appelle ; je crois que nous allons lever le camp et repartir.

30 juillet

Nous poursuivons notre chemin vers le nord. L’ambiance est plutôt détendue et la solitude ne me pèse plus comme avant. Je discute plus aisément avec tel ou tel de mes compagnons, et Maraud est toujours là pour nous distraire, de ses plaisanteries, de ses jérémiades ou de ses manies.

Nous avons présenté notre numéro à nos compagnons il  a quelque temps. Ils ont apprécié, même si notre prestation est encore très perfectible. En attendant nous nous entrainons dur, dès que nos le pouvons.

31 juillet

Hier Maraud a eu une altercation avec Nicolas. J’avais fait part à Maraud de mes interrogations au sujet de Nicolas. Il avait dû sentir l’espèce de fascination qu’il exerce sur moi ; toujours est-il qu’il est allé lui poser des questions, que j’imagine indiscrètes. Pour finir Nicolas l’a fait fuir par ses hurlements à la limite du rugissement. Il avait l’air vraiment très en colère. Maraud, lui, a eu peur et nous ne l’avons pas vu pendant un moment.

3 août

Nous sommes entrés dans la sauvage Bretagne. La caravane avance sans s’arrêter depuis deux jours : pas de village alentour, les quelques châteaux que nous croisons restent porte close. Que cette terre est peu accueillante ! Que sommes-nous venus faire ici ? Pourtant mes compagnons semblent satisfaits de retrouver cette région qu’ils ont visiblement déjà visitée.

4 août

Nous avons entendu ce midi la rumeur de troupes armées au loin, et ce soir, alors que j’écris, nous pouvons voir la lueur d’incendies, heureusement à bonne distance de la caravane. Je ne sais qui donc se bat contre qui, mais la guerre qui sévit ici plonge la caravane dans un silence pesant.

Ce soir, je ne suis pas la seule à observer au loin, anxieuse, les feux au loin. Nous demeurons silencieux, inquiets.

7 août

Hier nous avons traversé un hameau dévasté. Ce n’était plus que ruines encore fumantes, odeur de sang et désolation. Partout, les cadavres des habitants, fauchés dans leurs tentatives de fuite. Horrible. Nous avons passé la plus grande partie de la journée à leur donner une sépulture décente.

Je ne peux pas dormir, je sais que Guillaume non plus, même s’il reste immobile dans la tente pour permettre que Sylvyane dorme.

11 août

Le paysage a changé : nous traversons la lande à présent, depuis quelques jours. Une forêt se profile devant, au loin, et mes compagnons semblent se réjouir. Ils parlent d’un village fort accueillant, il est question que nous y fassions halte plusieurs jours pour nous reposer. Le Veneur veut certainement aussi nous permettre de souffler un peu et de nous remettre de ces derniers jours.

Voici une vidéo de Dust Tactics, le jeu Weird War II de Fantasy Flight Games, qui doit sortir début août…

Et pour ceux qui ne verraient pas la ressemblance avec AT-43, voici deux visuels des figurines présentes (non peintes), dans la boîte.

dt001-allies-forces axis-forces

Et ci-dessous, les règles :

dust-tactics-rulebook.pdf

Montségur en jeu de rôle

Publié: 31 juillet 2010 dans Jeux de rôle

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Les Ecuries d’Augias propose un jeu « de rôle » en souscription. Le thème est l’hérésie cathare du XIIIe siècle et le « gameplay » est original puisqu’il n’y a pas de maitre du jeu, mais que chaque joueur joue ce rôle alternativement.  Je ne suis pas friand des souscriptions, mais ce jeu m’intéresse : si 50 exemplaires au moins sont précommandés, le jeu sortira.

Tous les renseignements ici :

http://60gp.ovh.net/~minuitdi/site-ecuries-augias/jeux-invitro/47-montsegur.html

Cadwallon city of thieves

Publié: 31 juillet 2010 dans Jeux de figurines

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Les règles du jeu de plateau de Dust Game sont disponibles en téléchargement et paraissent intéressantes. Je me demande si les plateaux de jeu déjà sortis pour le JDR seront compatibles ? Si le prix n’est pas trop exagéré (40 $ annoncé), je devrais me laisser tenter. La traduction française par Hazgaard Editions est annoncée pour septembre 2010.

Ci-dessous, une image du plateau de jeu et de 10 des 20 figurines qui seront vendues non peintes.

city_of_thieves_miniatures.jpg

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